
Avec l’IA, colis sans étiquette ne rime pas forcément avec colis perdu chez Chronopost. Les équipes de sa robot factory ont développé un outil combinant IA avec analyse d’image et validation humaine pour réassocier automatiquement ces paquets avec leur expéditeur et leur destinataire.
À l’occasion de Vivatech, Chronopost a présenté sa solution Parcel Matching développée en interne pour retrouver automatiquement les expéditeurs et destinataires de colis sans étiquette. Une approche pragmatique de l’IA dans la logistique qui consiste à automatiser une tâche complexe tout en conservant un contrôle humain sur les décisions finales.
« Les colis sans lettre de transport sont concentrés dans un entrepôt dédié, en France. Ils sont pris en photo, puis un outil analyse leur dimension, leur poids et compare les images avec celles prises lors de leur entrée dans notre réseau », explique Laurent Pluchon, directeur de la relation client de Chronopost.
Comparaison avec la base d’images des colis
Lorsqu’un colis entre dans le réseau Chronopost, il passe sous des portiques installés sur les chaines de traitement qui photographient automatiquement toutes ses faces. Si son étiquette se détache pendant son parcours, il est isolé dans l’entrepôt dédié, puis analysé par Parcel Matching. L’IA développée par la robot factory interne de la filiale de La Poste compare alors les caractéristiques visuelles du colis avec les millions d’images déjà enregistrées afin d’identifier le paquet d’origine.
Le système attribue ensuite un score de probabilité de compatibilité avec ces images. Lorsqu’il dépasse le seuil de huit sur dix, un opérateur intervient pour confirmer la correspondance avant de réassocier la lettre de transport avec le colis et de le remettre dans le circuit de livraison. « L’outil va nous aider, mais derrière, un humain s’assure que le score de probabilité a bien fait correspondre le colis perdu avec le colis initial. On est sûr à 100 % que le colis qu’on renvoie est le bon », précise Laurent Pluchon.
300 colis réindentifiés chaque semaine
Parcel Matching et ses briques IA ont été conçues par les équipes internes en collaboration avec les data scientists de l’entreprise, puis testées à partir de septembre 2025 pour une mise en production en novembre dans l’entrepôt centralisant les colis sans lettre de transport. Pour enrichir les capacités analytiques, l’outil s’appuie aussi sur certains modèles du marché notamment Gemini de Google.
Avec ce projet, Chronopost a cherché à régler une question opérationnelle spécifique : empêcher qu’un problème d’étiquetage ne dégrade l’expérience client. Aujourd’hui, l’application traite les colis concernés à l’échelle nationale. La filiale de la Poste photographie environ un million de colis par jour dans son réseau et parvient à en identifier près de 300 sans étiquette par semaine grâce à ce système d’identification visuelle. Ces informations sont conservées pendant un an.
Avant que le client ne s’en aperçoive
Selon l’entreprise logistique, l’IA de Parcel Matching est capable d’identifier un colis sans étiquette en moins de 2,4 secondes.« L’intérêt de la solution, c’est de renvoyer un colis avant même que le client ne se rende compte que son paquet n’ait pu perdre sa lettre de transport, qu’il ne contacte le SAV et qu’il finisse insatisfait », précise Laurent Pluchon.
L’enjeu n’est pas, pour Chronopost, de supprimer l’intervention humaine, mais de concentrer les employés sur les situations nécessitant une expertise. Le modèle appliqué à Parcel Matching reprend une logique déjà utilisée par l’entreprise dans d’autres projets d’IA, comme son agent conversationnel Léonard pour la relation client. « On ne fait pas de l’IA pour faire de l’IA, assure Laurent Pluchon. Nous le faisons pour que ce soit efficace, et pour garder un avantage concurrentiel. ».