La lente percée des applications basées sur blockchain

Bien que la blockchain soit porteur d’espoir de désintermédiation, celle-ci ne résout pas encore des problématiques essentielles pour y construire des applications. Nous verrons les challenges à résoudre pour en arriver là.

Sebastien Jehan est PDG de Rockchain.org. (crédit : D.R.)

La blockchain a résolu le problème des généraux bizantins, à savoir le fait de pouvoir prendre une décision collective en présence de plusieurs acteurs distants, dont certains peuvent être ennemis, et avec des moyens de communication non fiables. Cette innovation a permis d’apporter une solution aux problèmes de la monnaie digitale, qui existait bien avant le Bitcoin mais a souffert de nombreux scandales suite à son aspect centralisé.

Bitcoin a fait ses preuves jusqu’à là comme protocole, et a résisté à de nombreuses attaques. On pourrait considérer que les « Forks » récents sont un nouveau type d’attaque au protocole et à sa gouvernance, tandis que d’autres voient ça comme une innovation. Un Fork est la création d’une nouvelle blockchain à partir de son protocole modifié, une sorte de cellule répliquante mutante.

IPFS au secours des données utilisateurs stockées dans des espaces publics et permanents

Ces plateformes décentralisées ont pour l’instant une caractéristique qui fait leur force dans le domaine du paiement : toutes les informations y sont publiques et stockées éternellement. Pour les échanges inter portefeuilles Bitcoin, cela permet la traçabilité des paiement et la vérification des transactions. On a aussi cette caractéristique d’ouverture et de permanence de la donnée sur Ethereum. Cette caractéristique est en revanche relativement incommode pour les applications sur la blockchain : les données des utilisateurs n’ont pas à vocation à être stockées dans des espaces publics et permanents. 

Pour résoudre cette problématique, IPFS (InterPlanetary File System, pour prévoir déjà l’arrivée de nouveaux clients lorsque la terre fonctionnera sur IPFS) propose un système de stockage de fichiers décentralisé, où chaque fichier est identifié par son Hash. Le nommage des fichiers reprend une innovation proposée par le MIT en 2000, le « SFS », qui permet de certifier à la fois le contenant et le contenu dans un même chemin d’accès, pour résumer. SFS utiliser la preuve de signature des serveurs contenant les fichiers.

La permanence des données, maillon faible d’IPFS

L’idée d’une intégration entre la Blockchain et IPFS est relativement basique. Le « smart contract » (un programme qui tourne de façon autonome sur la blockchain) stocke un « hash », c’est à dire une clé qui identifie de façon unique le contenu sur IPFS. Ensuite, l’application web qui utilise la blockchain (une « Dapp ») va récupérer, en 2 lignes, le contenu identifié par le « hash » sur IPFS (en utilisant l’API ipfs-api). Le problème d’IPFS est qu’il lui manque une caractéristique essentielle pour pouvoir prétendre à être un File Système distribué : la permanence des données. En effet, rien ne garantit qu’un fichier y soit stocké avec certitude, il peut disparaître (même s’il n’a pas été effacé par une action volontaire).

Un système comme FileCoin (qui a réussit une ICO record de $257 millions en septembre 2017) rémunère les noeuds pour stocker les fichiers et offre plus de garantie que le fichier y soit stocké de façon permanente; en revanche on n’a toujours pas de certitude à 100%. La permanence d’un fichier sur un réseau gérée de façon privée et identifiée par un hash est une piste à explorer.

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