L’usage détourné des big data de Strava met en danger les militaires

L’application Strava qui permet de centraliser 1 milliard d’activités de 27 millions de personnes dans le monde, dont des parcours géolocalisés d’utilisateurs de bracelets connectés, est au centre d’une polémique. La cartographie de ses datas permet de facilement localiser des bases militaires et les mouvements de troupes.

Via des filtres, il est possible d’obtenir dans Strava des localisations précises de parcours de footing remontés via des bracelets connectés comme Fitbit. (crédit : Strava)

Les big data sont aussi pratiques que dangereuses dans certains cas. Tel pourrait être l’enseignement tiré de l’usage détourné de Strava, une application utilisée au niveau mondial par près de 27 millions personnes et centralisant des données en masse provenant de millions d’objets et bracelets connectés. Son objectif ? Donner à ses utilisateurs des informations liées à leur courses sportives (footing, vélos…), tel que la vitesse moyenne sur un trajet, les calories brûlées mais également le parcours. Mais surtout de compiler et cartographier l’ensemble de ces données au niveau mondial sur ce site. Si l’anonymisation des données est a assurée – il n’est pas possible de corréler un parcours sportif individuel selon le nom d’une personne – la vision de certains tracés récurrents dans des zones terrestres habituellement dépeuplées peut être réellement problématique. 

Par exemple, la cartographie de Strava permet de connaitre avec une précision quasi chirurgicale les parcours effectués par les militaires sur des terrains d’opération (Mali, Syrie, Afghanistan, Irak…) utilisant des bracelets connectés dont la géolocalisation est activée (avec synchronisation a posteriori). Des données qui peuvent facilement servir à des groupes terroristes ou des forces armées ennemies pour localiser des bases militaires et effectuer de la reconnaissance des tours de gardes…

Strava 

La cartographie Strava comme ici près du fleuve Niger au Mali permet d’identifier très facilement une activité humaine. (crédit : D.R.)

Si l’usage d’objets connectés personnels tels que des bracelets par des militaires sur le terrain est loin d’être encadré, l’Etat-major des armées n’a pas manqué cette semaine d’effectuer un rappel à l’ordre : « Les armées françaises ont pleinement conscience que les nouvelles technologies (…) peuvent mettre en péril la sécurité des opérations ; c’est pourquoi des consignes sont régulièrement passées à nos militaires. Il est en particulier rappelé de désactiver les fonctions de géolocalisation et de GPS. »

10 To de données personnelles ingérées par Strava

Aux Etats-Unis également la situation est tendue surtout quand on sait que le Pentagone a livré à ses troupes 2 500 bracelets connectés Fitbit pour les inciter à faire du sport. « Le développement rapide de nouvelles et innovantes technologies de l’information améliore la qualité de nos mais pose également la question des des défis potentiels à relever en termes de sécurité opérationnelle et de protection des forces armées », a fait savoir John Thomas, colonel de l’US Air Force au Washington Post. « La coalition est en train de mettre en œuvre des directives précises sur les paramètres de confidentialité relatives aux technologies et applications sans fil, et déterminer si ces technologies doivent être interdites sur certains sites de la coalition et pendant certaines activités. »

Plus que la remontée d’informations de géolocalisation depuis des objets connectés, c’est leur centralisation et partage à tout un chacun qui pose ici un sérieux problème de confidentialité, pas d’anonymat. D’après les statistiques de Strava, sa cartographie recense 1 milliard d’activités, 3 milliards de points latitude/longitude sur une distance totale de 27 milliards de kilomètres. Le volume global des sources prises en comptes atteint pas moins de 10 To.

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