Steve Singh, CEO de Docker : « Les gens vont construire des applications s’empilant comme des Lego »

A l’occasion de la Dockercon Europe, le CEO de Docker, Steve Singh est revenu sur sa stratégie commerciale. Selon lui, les éditeurs d’applications vont de plus en plus partager et commercialiser leurs applets de manière à ce qu’ils s’intègrent aux applications existantes des clients finaux. Et dans cette évolution, Docker se place, selon son dirigeant, comme le centre de partage de ces microservices.

Le CEO de Docker, Steve Singh, a évoqué qu’une entrée en bourse sera la prochaine étape pour l’entreprise, sans préciser quand elle aura lieu. (Crédit : Docker)

Steve Singh, ex-dirigeant de SAP, fondateur de Concur et CEO de Docker a accordé quelques minutes à nos confrères d’IDG lors de la Dockercon Europe pour parler de l’activité commerciale en pleine croissance du spécialiste des conteneurs et exposer ses attentes pour l’avenir de l’infrastructure ouverte. Jusque récemment, d’aucuns disaient de Docker qu’il avait un problème à la Twitter : bien que plus d’un million de développeurs l’utilisent et que le produit, de base open source, ait une base de contribution solide, Docker a eu quelques difficultés à monétiser sa technologie.

Début 2017, l’ancien CEO de Docker, Ben Golub, avait exposé la stratégie de la société visant à renforcer son orientation vers une clientèle professionnelle. Steve Singh a été nommé en mai dernier, et est confiant quant aux perspectives de la société. Il y a moins de deux ans, le chiffre d’affaires de l’entreprise se comptait en millions de dollars, rappelle l’actuel CEO de l’éditeur. L’année dernière, la société a dépassé la dizaine de millions et il y a « une vraie possibilité d’atteindre la centaine » pour cette année fiscale, espère M. Singh. Et d’ajouter que Docker gagne en moyenne de 100 à 125 entreprises clientes chaque trimestre.

Docker Desktop EE au cœur de la stratégie de l’entreprise

Annoncé la semaine dernière, l’outil Desktop Enterprise Edition est, selon le dirigeant, au cœur de cette stratégie. D’après lui, la solution a été conçue à partir des retours clients et des développeurs qui exploitent Docker dans un environnement d’entreprise qui ne disposaient pas des contrôles ou outils supplémentaires appropriés pour faciliter son utilisation. « Tous les clients potentiels avec lesquels j’ai pu discuter et ceux qui utilisent Docker aujourd’hui se concentrent sur une seule chose : comment ils peuvent innover et comment le faire plus vite. Ceci pour une raison simple » explique-t-il : « Il faut être capable de proposer en permanence de nouveaux produits, donner de nouvelles opportunités aux clients. Il faut donc savoir comment faire en sorte que l’innovation soit plus rapide, non seulement au niveau du développement, mais aussi dans la livraison au client. »

L’éditeur de solutions de conteneurisation a lancé, le 4 décembre, une version Enterprise de sa plateforme Docker Desktop. (Crédit : Docker)

Le but du produit est, en somme, de permettre la création d’applications dans un modèle qui fonctionnera simplement au sein d’une infrastructure d’entreprise. Mqui fonctionnera simplement au sein d’une infrastructure d’entreprise. M. Singh ajoute que, bien que le produit n’ait été annoncé qu’en version bêta, des clients s’enregistrent et se renseignent déjà sur les licences. « Nous avions déjà un très bon outil open source que les développeurs pouvaient utiliser pour créer des applications, et nous souhaitions disposer d’une version d’entreprise intégrée dans les pares-feux, fonctionnant dans l’entreprise, avec des règles et des outils utilisés dont nos clients ont l’habitude » a déclaré le CEO de Docker.

Accompagner la transition vers le cloud hybride

« Il n’y a pas une entreprise au monde qui n’utilise pas une application on premise » soutient Steve Singh. « Il y a deux astuces. La première consiste à diminuer ce budget informatique de 80-85 % à 70-75% ou moins et d’utiliser ce capital libéré et à l’investir autrement. » Chez les industries, cela consiste à investir dans la transformation digitale de son entreprise, en passant probablement d’un modèle 100% sur site à un modèle de cloud hybride. Docker semble ainsi se positionner de manière à réduire les dépenses héritées et utiliser l’espace libéré pour de nouvelles applications.

« Deuxièmement, il faut savoir comment accélérer la production de nouveaux produits. L’informatique est alors tout aussi important que les outils traditionnels et les deux commencent d’ailleurs à fusionner » ajoute-t-il. Cette affirmation est fondée sur l’idée selon laquelle chaque entreprise est désormais un éditeur de logiciel. Docker a, par exemple, une « grande compagnie d’assurance » comme client et cette dernière se positionne maintenant comme une entreprise IoT car elle comprend fondamentalement que la collecte de données à partir des appareils peut l’aider à personnaliser ses offres d’assurance.

Se positionner vers l’aide au partage d’applications

« Nous avons un client qui fournit une solution de gestion de l’irrigation – vous avez sûrement vu ces gros appareils qui arrosent les champs sur la route – totalement automatisée » renchérit le CEO de Docker. « Il faut donc livrer des logiciels dans ces appareils, logiciels qui sont maintenant livrés et gérés dans des conteneurs Docker. Tout exemple auquel vous pourriez penser, je vous garantis que la technologie commence à pénétrer cette entreprise. »

Un partenariat récent avec Mulesoft, entité de gestion des API de Salesforce, permet aussi de récupérer les données issues d’applications héritées conteneurisées. « Ce qui résout un problème pour le client qui va être capable d’accéder à ses données antérieures et de les surfacer de sorte que vous puissiez y accéder via Mulesoft dans Docker Desktop EE et lorsque vous créez de nouvelles applications » précise M. Singh. Davantage de partenariats pourraient être prévus du moment qu’ils complètent l’offre de Docker.
Le CEO de l’éditeur explique que les entreprises ont de plus en plus tendance à vouloir partager leurs applications, qu’elles soient anciennes ou récentes, avec d’autres entreprises. Extraire ces applications de leur environnement, les conteneuriser et ensuite les rendre partageables est une activité dans laquelle Docker est susceptible de s’intégrer de plus en plus. « S’il existe une technologie qui permet de déplacer de l’argent d’un point A à un point B, vous pouvez très bien vous demander pourquoi vous devriez la réécrire plutôt que de la partager avec quelqu’un d’autre qui développe un service de transfert de fonds » continue M. Singh. Dans ce contexte, ce dernier estime que Docker Hub est un produit clé pour le partage d’applications et confesse que les investissements dans celui-ci iront croissants. »

L’open source comme modèle de partage des applets

Il s’agit, en d’autres mots, de favoriser les technologies réutilisables. Quand on allume et éteint la lumière chez soi, on ne configure pas soit même sa propre centrale électrique, on paie à la consommation, indique Steven Singh. « Nous allons arriver dans un modèle où on se demandera à quoi sert de reproduire quelque chose qui existe et qui est vraiment génial et tarifé dans un modèle approprié, si on peut le consommer directement. A mon avis, les gens vont de plus en plus construire des applications qui ressembleront à des blocs de construction Lego. Ils connecteront leur applet ou microservice à celui d’un autre fournisseur pour délivrer une fonctionnalité spécifique ou résoudront un problème en connectant de composants d’applications. »

Ainsi l’open source et l’infrastructure ouverte pourraient être plus ou moins comparables à l’économie digitale : Internet existe car cette technologie fondamentale sous-jacente et les entreprises peuvent se l’approprier comme bon leur semble, qu’elle soit propriétaire ou non. « En réalité, vous n’avez plus d’expérience d’achat qui n’implique qu’une seule entreprise » rappelle le CEO. « Sur Amazon, vous allez acheter le produit conçu par une entreprise, payer vie une société différente comme American Express, etc. C’est une expérience intégrée. Si on approfondit cette même expérience, chaque composant des technologies servant à réaliser l’achat, remplir un formulaire, payer deviendra un composant que l’on pourra partager et peut-être même monétiser. »

Vers une entrée en bourse

Ces derniers temps, une série de grosses acquisitions ont eu lieu dans le domaine de l’open source. Microsoft s’offrant Github et, bien sûr, IBM mettant la main sur Red Hat, sont les exemples les plus récents et connus, mais il y en a bien d’autres. Comment Docker se positionne dans cette tendance au rachat de communautés open source ? « Construire Concur, faire partie de l’équipe de direction de SAP, chaque acquisition a des raisons commerciales » répond M. Singh. « Cette raison peut être que je veux une technologie de pointe, cette raison peut être que j’ai besoin de pouvoir monétiser une chose en particulier, etc. La façon dont je perçois Docker est que nous souhaitons résoudre un problème pour un client et nous voulons être tellement bons que nos clients se disent « Je ne peux pas vivre sans Docker ». »

Enfin, est-ce que Docker va entrer en bourse ? La réponse est oui, et Steven Singh indique qu’au vu de l’évolution de l’entreprise, cette introduction ne sera « qu’un événement, juste un pas en avant. […] Nous n’optimisons pas pour être acquis, mais pour bâtir une bonne entreprise, et entrer en bourse en fait partie. » De là à savoir quand cet événement aura lieu, le CEO rit et ne lance qu’un « ça arrivera quand ça arrivera. »

chevron_left
chevron_right