A La Défense, un outil pour superviser la smart city

Installé depuis le mois de décembre 2017, l’Hyperviseur des systèmes d’aide à l’exploitation (HSAE) de Paris La Défense a été conçu par Actemium, filiale de Vinci Energies, en lien direct avec l’organisme en charge de gérer le quartier. Avec cet outil, les opérateurs sont en mesure d’observer, de réagir et d’agir sur la sécurité, la sureté, les tunnels et la maintenance des équipements dans toute la zone, et ce, au travers d’une seule et même plateforme.

Répartis sur la dalle de La Défense, 15 000 capteurs envoient des données sans interruption aux équipes du PC de sécurité, qui décident des commandes à envoyer. (Crédit : Paris La Défense)

Avec ses 564 Ha, ses 500 000 personnes en transit chaque jour et ses multiples détours et tunnels, le quartier d’affaires de la Défense fait partie des sites franciliens les plus observés. Dans l’ombre, des dizaines d’hommes et de femmes s’activent pour garantir le bon fonctionnement des équipements, la sécurité des riverains ou la fluidité du trafic. Avant le mois de décembre 2017, ces opérateurs avaient 14 systèmes différents à gérer avec autant d’interfaces différentes. Il était urgent de simplifier l’équation. « Après la fusion des deux organismes qui géraient le quartier, l’Établissement public d’aménagement de La Défense Seine Arche (Epadesa) et Defacto, plusieurs projets s’ouvraient à nous », se remémore Marie-Laure Bettoli, co-directrice de la sécurité et des services urbains pour Paris La Défense, l’entité née de cette alliance. « Nous souhaitions rénover le PC de sécurité et, dans le même temps, les voies couvertes du quartier étaient également rénovées, la plupart obtenant la classification tunnel. Un projet commun a émergé de ces deux chantiers. »

L’organisme lance donc un appel d’offres. L’objectif : dénicher un outil à même de simplifier le travail des opérateurs tout en prenant en compte les spécificités du quartier et en intégrant ses équipements. Le choix se porte sur Actemium, filiale de Vinci Energies, qui développe justement Hypervision, un dispositif de supervision pensé pour la smart city. « On a travaillé main dans la main avec Actemium car ils ne connaissaient pas forcément nos métiers, tout comme on ne connaissait pas le leur », relate Mme Bettoli. Le montant total de cet investissement pour Paris La Défense : 8 millions d’euros.

15 000 capteurs envoient des données aux opérateurs

Des 11 personnes travaillant sur le PC de sécurité de 40 m2 avant l’arrivée du « HSAE » (pour Hyperviseur des systèmes d’aide à l’exploitation), on passe désormais à 40 dans un espace de 250 m2. Le site est surveillé 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 par une équipe opérationnelle de 14 personnes travaillant sur 4 types de postes : sécurité, sureté, équipements tunnel et maintenance. 15 000 capteurs – des caméras de surveillance aux système anti-incendie en passant par les barrières de parking – envoient des informations sur les 6 écrans de la salle d’opération. « Auparavant, chaque agent devait apprendre comment gérer les 14 systèmes, qui étaient tous différents les uns des autres. Maintenant, l’interface est toujours la même, et l’agent peut alterner entre, par exemple, une vue tabulaire et une caméra », explique Marie-Laure Bettoli. Derrière, les 14 systèmes sont toujours là, mais l’Hyperviseur présente une interface unifiée.

La Defense

40 personnes travaillent sur les quatre postes en lien avec l’hyperviseur, par équipes de 7 personnes tournant jour et nuit. (Crédit : Carlos Ayesta)

Les données recueillies par les capteurs sont converties en alertes, que les opérateurs doivent ensuite traiter en envoyant des commandes. Pour de nombreux cas, des plans d’action ont d’ailleurs été mis en oeuvre dans l’outil, de sorte que la personne en charge gagne du temps, notamment en cas de situation stressante ou délicate à gérer. « Typiquement, si un feu se déclenche dans un tunnel, il existe un plan d’intervention et de sécurité pré-établi que nous avons intégré à l’hyperviseur afin de guider l’opérateur. »

 Une version mobile et une dose d’IA

Depuis la mise en place de l’HSAE d’Actemium, Paris La Défense a lancé un deuxième appel d’offres, pour l’exploitation de ce dernier. Le contrat a été décroché par Géoide, une start-up issue du monde militaire. Des projets sont en cours de développement pour améliorer l’utilisation de l’outil, notamment une version mobile qui permettrait aux agents sur le terrain d’être en mesure de signaler des événements directement, sans avoir à revenir au PC de sécurité.

Les deux partenaires réfléchissent également à l’ajout de fonctionnalités basées sur l’intelligence artificielle, notamment la détection automatique d’incidents via les caméras de sécurité. L’IA permettrait aussi de formuler des prédictions afin d’anticiper les problèmes récurrents, et gagner en temps de réaction. Les données récoltées, à l’abri sur les serveurs de l’organisme de gestion de La Défense, pourraient par ailleurs être partagées avec d’autres entités. Les capteurs peuvent en effet fournir des données qui n’ont pas intérêt pour la supervision du quartier, mais qui pourraient en avoir pour d’autres secteurs d’activité : météorologie, détection de la pollution…

Hyperviseur

L’hyperviseur conçu par Actemium permet notamment la modélisation en 3D de l’environnement observé. (Crédit : Actemium)

Quant au retour sur investissement, Marie-Laure Bettoli concède que l’objectif de l’implantation d’un tel outil n’était pas purement financier : « Outre l’agrandissement du PC de sécurité, on a recruté des personnes supplémentaires et mis sur pied des formations avec Actemium pour habituer les opérateurs à ce système. Clairement, ce n’est pas un outil conçu pour faire des économies. » Et pas infaillible non plus. En cas de panne, le dispositif passe « en mode dégradé ». Autrement dit, on sort de leur sommeil les 14 systèmes auparavant en place. « Mais ça dure deux heures grand maximum et on fait régulièrement des exercices pour être prêts au cas où », rassure Mme Bettoli, qui conclut en rappelant que quoi qu’il arrive, « la machine ne remplacera jamais l’humain ».

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