5e anniversaire en demi-teinte pour les Surface Pro

Il y a cinq ans, le 9 février exactement, Microsoft livrait sa première tablette Surface Pro. Si le produit a ouvert la voie à d’autres tablettes et machines Windows convertibles, la tendance semble aujourd’hui moins favorable pour ces matériels dont les dernières versions n’ont pas apporté de grandes innovations.

La tablette Microsoft Surface Book 2 est certes un formidable produit. Mais son prix élevé a eu sans doute un impact sur les ventes. (Crédit : IDG/Mark Hachman)

Sur Twitter, l’équipe de Microsoft Surface a célébré sa « révolution », dont le véritable début date de l’abandon de la version limitée Windows RT au profit d’une version Windows 8 complète. « Il y a cinq ans aujourd’hui, l’avènement de la Surface Pro a marqué une véritable révolution », a tweeté vendredi l’équipe sur le compte Surface. « Et ce n’était que le début ».

Des ventes en baisse

Mais ce bon départ n’a pas perduré tout ce temps. Selon le cabinet d’études IDC, par rapport à l’an dernier, les ventes unitaires de tablettes Surface convertibles ont baissé de près de 19 %. D’après le rapport d’IDC, qui s’est intéressé à l’état du marché des tablettes convertibles et non convertibles, les plus importantes ventes de tablettes concernent les machines Android et iOS vendues par Apple, Samsung et d’autres fournisseurs. Jusqu’ici, Microsoft parvenait à apparaitre dans la liste, surtout grâce à la popularité des produits Surface, et généralement en queue ou presque en queue. Mais cette année, le nom de Microsoft a disparu. Le suivi réalisé par nos confrères de PCWorld (IDG et IDC appartiennent tous deux au groupe China Oceanwide) a permis d’en connaître la raison : « Les ventes de tablettes Surface ont chuté significativement au quatrième trimestre, et durant toute l’année 2017 », a déclaré IDC.

La Surface Pro était importante pour Microsoft, car elle a permis à d’autres fournisseurs de PC de proposer des tablettes Windows fines, légères et suffisamment puissantes pour répondre aux besoins de l’entreprise. Et si l’émergence de concurrents viables comme la tablette 2-en-1 Miix 520 de Lenovo explique probablement la baisse des ventes de Surface, ce n’est pas la seule raison. Cependant, notre confrère estime que les utilisateurs devraient continuer à encourager la réussite de Microsoft, car c’est l’une des rares entreprises prêtes à prendre le risque de lancer de nouvelles catégories de produits.

Un marché globalement moins favorable

Selon Lauren Guenveur, analyste senior Device Group d’IDC, au cours du quatrième trimestre 2017, Microsoft a vendu 748 000 tablettes Surface, soit une baisse de 18,8 % par rapport au quatrième trimestre 2016. « Pour l’ensemble de l’année 2017, Microsoft a vendu 3 millions de tablettes Surface, en baisse de 16,8 % par rapport à 2016 », a-t-elle ajouté par courriel. Pour son estimation, IDC a comptabilisé tous les dispositifs Surface convertibles, à savoir les tablettes Surface Pro 3, 4, et Pro (2017), ainsi que les Surface Book et Book 2. (IDC a exclu de son décompte les Surface Studio et Hub, deux produits de niche, ainsi que le Surface Laptop, qui n’est pas détachable. Il est intéressant de noter au passage que les ventes globales de tablettes sont également en baisse, mais dans une moindre mesure : « Au total, le marché a baissé de 7,9 % en 2017 », a déclaré IDC.

Un examen plus attentif des résultats montre que Microsoft n’est pas le seul en difficulté sur ce marché, et que la firme de Redmond a même des raisons d’être optimiste. Selon IDC, Microsoft est toujours le sixième plus grand fournisseur de tablettes, derrière des entreprises comme Apple et Amazon, qui ont vendu respectivement 13,2 millions d’iPad et 7,7 millions de tablettes Fire. Mais les ventes d’iPad sont restées stables, et Amazon a réussi à doubler ses ventes de Fire en pratiquant des prix très bas. Samsung, qui s’est bien comporté sur le marché des tablettes, a vu ses ventes unitaires chuter de 13 %.

 

Les résultats d’IDC montrent que les ventes de tablettes Android ont dominé le marché (Crédit : IDC).

Microsoft arrive toujours en seconde position sur le vrai marché des tablettes convertibles, tel que le définit IDC, la première place étant détenue par l’iPad Pro d’Apple. Selon IDC, les produits convertibles ne représentent aujourd’hui que 14 % du marché total des tablettes et cette devrait augmenter au fil du temps.

Lauren Guenveur explique de différentes façons les problèmes rencontrés par la tablette Surface de Microsoft. Déjà, selon elle, personne ne pensait que les propriétaires de tablettes s’en serviraient comme des ordinateurs portables : les acheteurs ont conservé leur matériel pendant 4 à 5 ans, au lieu de les échanger tous les deux ans comme c’est le cas des propriétaires de smartphones. Mais l’analyste pointe également le manque significatif d’évolutions entre les différents modèles de tablettes Surface de Microsoft. L’absence de nouveautés a valu un accueil assez critique à la Surface Pro sortie en 2017 par rapport aux tablettes concurrentes. « Les problèmes rencontrés par Microsoft sont surtout liés à son cycle de renouvellement de produits, qui a été inégal, et au fait que la nouvelle génération de produits n’est pas très différente de la précédente », a-t-elle déclaré.

 

L’absence de différence entre une nouvelle et une ancienne version de Surface Pro n’a pas incité les consommateurs à changer de matériel (Crédit : IDG/Mark Hachman)

Les responsables de Microsoft ont refusé de commenter. Lors d’une récente conférence téléphonique, ces derniers ont largement passé sous silence la performance de la gamme Surface. Ils ont simplement déclaré que les ventes d’unités avaient diminué, mais que le chiffre d’affaires avait augmenté de 1 %. « Les recettes liées à la vente de tablettes Surface devraient augmenter en année pleine grâce à la politique de lancement soutenue de modèles Surface Pro, Book et Laptop, avec quelques baisses ponctuelles liées aux périodes de vacances », ont déclaré les dirigeants de Microsoft.

 

La forte concurrence de tablettes comme la Miix 520 de Lenovo a probablement affecté, en partie, les ventes de Surface. (Crédit : IDG/Mark Hachman)

Le pari imprévisible des PC connectés

Selon Laura Guenveur, « la concurrence des produits Surface de Microsoft est favorable aux consommateurs et à l’innovation. Mais nous ne savons pas à quel point cette dynamique sera ralentie par l’arrivée de Windows 10 dans les produits ARM ». Jusqu’à présent, Acer, HP et Lenovo ont annoncé des PC Always Connected alimentés par des puces Qualcomm Snapdragon. Ces PC misent sur l’autonomie plus que sur les performances. Microsoft a été un partenaire actif de Qualcomm pour la mise au point de ces puces, mais la firme de Redmond n’a pas encore annoncé de produit propre tirant parti de ces innovations. Microsoft pourrait bien perdre sa position de leader si les consommateurs trouvent ces tablettes concurrentes à leur goût. 

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