L’échec de l’Essential Phone représente tout ce qui ne va pas chez Android

S’il s’est longtemps laissé désirer, l’Essential Phone de la société d’Andy Rubin, ancien de Google et père d’Android, est loin de remplir ses promesses en termes de qualité de l’expérience utilisateur. La start-up qui se vendait comme l’Apple des fabricants de téléphones Android devra penser aussi au fonctionnement interne de ces prochains smartphones. S’il y en a…

L’Essential Phone, fabriqué par la société d’Andy Rubin, est sublime… jusqu’à ce qu’on commence à l’utiliser. (Crédit : IDG)

En mai dernier, le créateur d’Android, Andy Rubin, a lancé Essential, sa société post-Google, avec un site web très léché et des articles assertifs marketing du type : « Changer la construction des entreprises technologiques pour toujours », des témoignages sur les raisons pour lesquelles le titane et la céramique font de meilleurs smartphones que l’aluminium et le verre ou une explication de la « photographie computationnelle [pour capturer] des images nettement meilleures pour nos utilisateurs, qu’ils soient des photographes experts ou non ».

Un an plus tard, Essential n’a pourtant pas gagner en réputation. Loin s’en faut. Ses smartphones ont vu leurs prix réduits avec des offres promotionnelles, au grand dam de ceux qui l’avait bêtement acheté au prix de lancement à 686€. Le seul add-on modulaire en vente est toujours le même appareil photo 360° de piètre qualité qui était disponible au lancement. L’assistant Home speaker n’a pas progressé. Et après une promesse de mises à jour rapides, il aura fallu plus de six mois pour livrer Android Oreo…

L’Essential Phone a un système modulaire avec juste un accessoire à vendre. (Crédit : IDG)

Trop de smartphones Android sur le marché

Même si Essential ne ferme pas ses portes à proprement parler, comme l’indique Bloomberg, l’expérience ratée d’Andy Rubin peut permettre aux fabricants de mobiles jeunes et moins jeunes de voir que ce n’est pas parce qu’on sort un beau smartphone Android qu’on peut le vendre à une prix élevé. La communauté Android ne sait pas ou donner de la tête vu le nombre de smartphones en vente. Même en supprimant la mer des mobiles à bas coût fonctionnant avec moins de RAM qu’une montre WearOS, le nombre de smartphones haut de gamme vendus est stupéfiant. Au cours du dernier mois, LG, HTC, OnePlus, Sony et Samsung ont tous sorti des terminaux totalement nouveaux ou simplement mis à jour, à des prix avoisinant les 700€ ou plus. La plupart d’entre eux risquent cependant de ne pas vendre grand-chose jusqu’à ce que les prix baissent.

Dès le début, l’Essential Phone a été vendu comme un produit différent. Qui s’est avéré ne pas l’être en réalité. Alors qu’il semble superbe de l’extérieur, il est rempli d’imperfections à l’intérieurs. Sa coque en céramique ne supporte pas le chargement Qi et la station d’accueil sans fil longtemps promise n’a jamais vu le jour. Son système d’exploitation est une version standard de Nougat qui, au-delà de l’interface utilisateur minimale, s’avérait lent et lagguait jusqu’à ce qu’une récente mise à jour corrige (un peu) le tir. Le smartphone n’est, en plus, pas résistant à l’eau et ne possède aucune prise jack.

L’absence d’une prise casque n’est pas responsable de l’échec de l’Essential Phone, mais cela ne l’a pas aidé. (Crédit : IDG)

Pourtant, Andy Rubin s’attendait à ce que les fidèles d’Android se jettent sur l’Essential Phone juste grâce à son nom et son apparence… La société a voulu construire un téléphone parce que « les matériaux de première qualité ne devraient pas être réservés à quelques-uns ». Mais ce dernier est aussi cher que le Galaxy S8 qui, lui, a réellement fourni des fonctionnalités en plus de la forme. Essential voulait être l’Apple d’Android mais le père de l’OS mobile de Google a oublié un élément primordial : l’expérience.

L’apparence ne fait pas tout

Les fans d’Android aiment se moquer des iPhone, censés reposer sur leur seul le design, mais c’est loin d’être le cas. Oui, Apple accorde une grande importance à l’apparence de ses téléphones, mais la conception de ces derniers est d’abord pensée de l’intérieur. La puce, la batterie, l’appareil photo, et bien sûr l’OS sont tous optimisés pour fonctionner ensemble et offrir les meilleures performances possibles. Les iPhone sont-ils parfaits ? Oh que non, mais si Essential pensait pouvoir rivaliser avec l’iPhone juste avec « un lustre agréable et organique » sur sa coque en céramique, il se trompait gravement…

Le genre d’utilisateur qui achèterait un mobile à 700€ en boutique se préoccupe moins du design que les fans d’Apple. Ils peuvent avoir été charmés dans un premier temps par les finissions de l’Essential Phone, mais leur décision d’achat se fonde au final sur la vitesse, la qualité de l’image et son évolutivité. Si l’appareil est aussi beau, tant mieux.

Le meilleur smartphone en termes d’affichage

Si on prend le Google Pixel 2, il n’est pas necessaire de le placer à côté de l’Essential Phone pour voir à quel point il est banal. Ce qui le rend si intéressant, c’est la manière dont tout le système fonctionne parfaitement. Pas autant qu’un iPhone, mais le Pixel 2 offre la version la plus fluide et intuitive d’Android. L’Essential Phone avait promis quelque chose de similaire, mais il est en réalité à peu près identique aux autres smartphones sous Android : sujet aux ralentissements, aux bugs et aux plantages.

L’OS du smartphone d’Essential ne tient pas toujours compte de l’encoche. (Crédit : IDG) 

Pour être juste envers l’Essential Phone, il a un bon affichage. Le LCD de son écran bord à bord avec cran est un des meilleurs du marché. Cependant, pour l’utiliser, c’est une autre histoire. L’affichage pâtit donc des mêmes problèmes que les autres smartphones Android en général : le produit est superbe mais il ne parvient pas à susciter l’enthousiasme au-delà de son design réussi.

S’inspirer de l’OS du Pixel 2

C’est le principal point faible des téléphones Android en général. Le G7 ThinQ de LG est un autre exemple. Design parfait, bon écran et excellentes caractéristiques techniques mais, au moment de l’utiliser, l’association de l’OS et des composants laissent à désirer puisque le mobile est lent. Les téléphones Android devraient tous se baser sur l’exemple du Pixel 2.

L’Essential Phone et son échec ont pu attirer l’attention des médias en raison de son lien avec Andy Rubin. Mais que cette histoire soit une leçon pour les fabricants de terminaux Andoid. Et si le prochain smartphone Essential – le projet d’une deuxième version est pour le moment avorté – veut réussir à devenir m’iPhone du monde Android, ses concepteurs devront autant s’intéresser autant à l’intérieur du téléphone qu’à son enveloppe extérieure.

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